| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| mercredi
2 septembre 2026 |
2026 |
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travail est commencé depuis 9742 jours
(2 x 4871 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 24195 jours
(3 x 5 x 1613 jours) |
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du
texte |
demain |
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Le Froid redouble |
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| À La
Ferté-sous-Jouarre, la rue de l'Égalité conduit au cimetière. Elle est
en impasse mais à pied ou à bicyclette, on peut s'en échapper vers le
bois de la Bergette pour rejoindre la Marne en passant sous la voie
ferrée par un petit tunnel qui faisait un peu peur à cause d'un fait d'hiver d'été : un homme mort y avait été retrouvé. Les parents avaient acheté cette ancienne maison de rue entièrement refaite au début de ce siècle après la première pandémie, dans les années 2020. Le gouvernement avait alors confiné toute la population. Le petit appartement parisien qu'ils avaient hérité des grands-parents paternels leur avait soudainement semblé malcommode. La mort dans l'âme, ils s'en étaient alors séparés et ils étaient arrivés dans ce bout de Seine-et-Marne qui dans leur jeunesse leur serait apparu comme une insupportable relégation. L'idée d'habiter en lointaine banlieue quand on habitait Paris était alors peu partagée. Je me souviens très bien de la première fois que notre père avait, certes avec délicatesse, évoqué l'idée de déménager, avait vanté la possibilité de faire du feu dans la cheminée et avait encore débité tout un tas de sornettes à la mode tel le supposé déclin de la capitale qui n'aurait plus été « comme avant ». Tout cela nous avait laissés, mon frère et moi, dubitatifs, imaginant très bien les nouveaux rites qu'il allait instituer, parmi lesquels les joggings jusqu'aux larmes le long de la Marne et la grande fatigue des corvées de bois. Nos arguments contre le projet qui devait nous évacuer vers la Seine-et-Marne étaient évidemment demeurés sans effet. Pour les contrer, notre père avait prétendu que nous n'étions « pas drôles », ce qui était un argument de rétorsion que mon professeur de français du lycée Voltaire, qui lui était très drôle, aurait certainement nommé une « antiparastase ». Les joggings, surtout, étaient une souffrance. Quel que fût le temps, mon père courait et il était bien venu de l'accompagner, même sous la pluie au mois de novembre dans la nuit. Il ne s'est jamais lassé de la traversée de la Ferté-sous-Jouarre. Il connaissait toutes les rues et sans doute depuis le cimetière trouve-t-il encore le moyen de s'échapper autrement pour faire la fameuse « boucle de la Marne », comme il appelait cette petite mise en jambes de quelques kilomètres que je n'envisageais jamais sans angoisse. Faisait-il froid, faisait-il chaud ? Il ne fallait « rien exagérer » et nous partions. Il gagnait par chantage implicite, ce qui est une pratique familiale assez courante dans la petite bourgeoisie. Le jogging était la cryptomonnaie qui nous permettait de négocier autre chose, comme aller à Paris, ne pas rentrer le soir, regarder notre téléphone à table en prétextant consulter les résultats sportifs. Mon frère avait ainsi gagné sa première voiture en s'inscrivant au Trail des Glacis et en y faisant un temps respectable. Il avait pour cela des dispositions. Je négociais quant à moi en engrangeant les succès scolaires et les félicitations au cours de piano. C'était, certes, une monnaie dont le cours était moins spéculatif. Je n'ai jamais passé mon permis de conduire. |
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septembre |
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